À domicile ou en tiers-lieux, démocratisons le télétravail au bénéfice du climat, des salariés et des entreprises

par Cyril Hergott, Riposte Verte et Pierre Bouchet, Génie des Lieux.
Le 30.11.18 Mis à jour le 20.03.19

Climat, travail et mobilité, une interdépendance méconnue

Au sortir de canicules estivales désormais habituelles, est-il encore besoin de rappeler les enjeux climatiques ? Avoir des températures d’un mois d’août à la mi-octobre nous rappelle que, à peine entamé, le XXIe siècle compte déjà 14 des 15 années les plus chaudes jamais enregistrées. Tous les jours, les conséquences des émissions de gaz à effet de serre (GES) sur le climat nous interpellent. Toutes les semaines, de nouvelles alertes nous parviennent sur l’absolue nécessité de réduire nos émissions de CO2.

Le secteur de l’immobilier tertiaire doit participer à l’engagement de la France de réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES) de 40 % entre 1990 et 2030 et à les diviser par quatre à l’horizon 2050. Comment ? Notamment grâce au télétravail qui, en plus d’améliorer sensiblement le bien-être au travail, permet de réduire le bilan carbone mobilité d’un salarié de près 30 %.

Quels sont les enjeux ?

D’après le Livre blanc du bas carbone édité par Sinteo fin 2016, en France, les secteurs du bâtiment (résidentiel-tertiaire) et des transports représentent les deux premières sources d’émission de GES, soit respectivement 27 % et 25 %. La part de l’immobilier tertiaire de bureaux et l’ensemble des transports associés (déplacements domicile/travail, trajets professionnels…) est majeure, même si les chiffres restent à être précisés.

Depuis de nombreuses années, les acteurs de l’immobilier font porter leurs efforts sur la construction de bâtiments neufs et la rénovation lourde en répondant à des normes et labels toujours plus complets. En exploitation, leurs efforts portent principalement sur la réduction des dépenses énergétiques, ce qui est insuffisant. Il est maintenant temps de porter la plus grande attention aux besoins en construction en privilégiant l’économie du partage ; chaque mètre carré construit représente 1 tonne de CO2 émis sur l’ensemble de son cycle de vie. Concernant la mobilité, selon l’Agence européenne pour l’environnement, les moteurs à explosion sont responsables de 33 % du CO2 émis sur le territoire, dont la moitié en provenance des véhicules de particuliers.

Des politiques volontaristes pour mettre en place des solutions de télétravail professionnelles (tiers-lieux), mutualiser des équipements de type coworking ou flex office, et des politiques immobilières alternatives aux projets de regroupement de l’ensemble des activités sur un site unique réduiraient significativement les déplacements des collaborateurs, et donc le bilan carbone des entreprises. À ce bénéfice s’ajoutent ceux en matière de santé publique, de politique urbaine, de productivité pour les entreprises et de confort pour les salariés.

En complément, le choix de l’implantation d’un site en fonction de la desserte de transports est déterminant dans le bilan des émissions de carbone d’un bâtiment en exploitation. Car, même si l’impact des déplacements des occupants n’est pas intégré dans le périmètre des émissions de carbone de la phase construction dans les labels en cours, une implantation au plus près d’un nœud de transports en commun réduit l’usage de la voiture dans les déplacements quotidiens des occupants. De même, l’implantation d’un bâtiment en cœur de ville, à proximité d’une offre de services et de commerce étoffée, facilite les déplacements dits actifs comme la marche ou le vélo.

En France, la mobilité est même la première responsable des émissions de CO2 avec 39 % des émissions globales. De l’aveu même du ministère pour la Transition écologique et solidaire, le budget carbone annuel du pays, c’est-à-dire le volume maximum d’émissions de gaz à effet de serre à ne pas excéder, sera dépassé tous les ans jusqu’en 2023, notamment à cause des retards pris dans le secteur des transports et du bâtiment.

Peu de personnes le savent, mais, à moins de se déplacer exclusivement à pied ou à vélo, quand vous travaillez dans un bureau, votre impact sur l’environnement dépend principalement de votre mode de transport pour aller sur et revenir de votre lieu de travail ainsi que pour effectuer vos déplacements professionnels. Considérant que 50 % des actifs travaillent derrière un bureau (et 75 % dans le tertiaire), les enjeux sont colossaux.

Les enjeux portent sur les 35 millions de déplacements liés au travail, effectués tous les jours. Leur importance est centrale, car seuls 6 % des actifs ayant un emploi vont travailler à pied, 2 % en vélo et 15 % utilisent les transports en commun alors que 71 % prennent un véhicule automobile et 2 % un deux-roues motorisé. Seuls 4 % ne se déplacent pas pour travailler.

Enjeux de mobilité

En termes de qualité de vie au travail, bien plus que la conciergerie ou le baby-foot, les salariés sont attentifs à leur temps de trajet. Cet élément constitue même un facteur déterminant dans leur choix d’accepter un travail, leur productivité et même leur fidélité à terme à l’employeur. En effet, l’envie du salarié de quitter son entreprise augmente à mesure que son trajet s’allonge. La moitié des salariés habitant à moins de 20 minutes envisagent de rester dans la même entreprise dans les 5 années à venir, tandis que leurs collègues qui habitent à plus de 60 minutes ne sont plus qu’un tiers à manifester cette loyauté.

D’un point de vue économique enfin, si un actif francilien met en moyenne 64 minutes pour ses trajets domicile-travail, au niveau national, c’est en moyenne une semaine de travail par an qui est perdue dans les embouteillages. Et ce sont 100000 accidents avec arrêt de travail qui sont liés chaque année aux déplacements domicile-travail. Plus directs, les coûts d’un véhicule de société peuvent monter jusqu’à 10000 euros net/an alors qu’il est utilisé en moyenne 10 % de son temps de vie.

Rendre la mobilité… durable

Agir pour limiter ses impacts sur l’environnement est une composante majeure d’une politique RSE. Cependant, les engagements pris se cantonnent trop souvent à une politique énergétique et, moins souvent, de gestion des déchets. Alors que l’estimation des impacts indirects vient renforcer le besoin urgent d’agir, ce sont toutes les facettes de l’activité qu’il convient de prendre en compte dans un souci de pertinence et de légitimité : achats hors production, communication, énergie, eau, air, déchets, propreté, restauration, biodiversité et, bien sûr, mobilité.

Le management de la mobilité doit passer par un projet formalisé visant l’optimisation de l’ensemble des déplacements vers et à partir d’un site pour en réduire les impacts environnementaux, économiques et sociaux. Toutes les dimensions du déplacement doivent être prises en compte pour challenger les besoins de se déplacer, les choix du mode de déplacement et du trajet ou encore du moment même du déplacement. Par exemple, une politique immobilière plus « responsable », au sens RSE, répondant à une stratégie d’entreprise qui intégrerait les enjeux environnementaux, pourrait décider d’implanter ses besoins immobiliers, non plus de manière centralisée, mais répartis en plusieurs pôles, en réseaux. Ils seraient accompagnés de solutions opérationnelles de télétravail, non seulement aux domiciles des collaborateurs, mais également dans des tiers-lieux professionnels, en nombre suffisant pour couvrir les différentes zones d’habitation des salariés.

Pour les organisations privées, définir un plan de mobilité est une obligation réglementaire depuis janvier 2018 dès qu’une centaine de personnes travaillent sur un même site. Ce plan vise, à partir d’un état des lieux exhaustif de la politique et des engagements pris, le changement des comportements (par exemple, favoriser le covoiturage, le télétravail, l’incitation à utiliser le vélo ou les transports en commun, etc.). Ces actions de management de la mobilité permettent en retour à l’organisation de diminuer les coûts associés, de libérer du foncier et de réduire le temps passé par les collaborateurs dans les transports, et donc de maîtriser son empreinte carbone.

Pour les organisations publiques, cette obligation de favoriser l’écomobilité se généralise progressivement grâce aux renforcements des plans de protection de l’atmosphère (PPA) votés par les différentes régions qui concernent également les sites de plus de 100 personnes.

Les modes de transport utilisés par les actifs (en %)

  • Transports en commun
  • Voiture, camion
  • Deux-roues motorisés
  • Vélo
  • Marche à pied
  • Pas de déplacement

La réalisation d’un plan de mobilité

(auparavant appelé Plan de Déplacement Entreprise – PDE) se fait sur la base de données pour la plupart d’ores et déjà collectées dans le cadre des documents uniques d’évaluation des risques professionnels, ou encore de plans de prévention du risque routier. Pour s’assurer d’une démarche pertinente, les enjeux à prendre en considération sont multiples et transversaux :

  • Gouvernance de la démarche ;
  • Communication interne et externe ;
  • Achats de flotte et de services ;
  • Lieux d’implantation ;
  • Trajets domicile-travail ;
  • Déplacements professionnels ;
  • Travail à distance.

Si aucun n’est intrinsèquement plus important que les autres, les bonnes pratiques et les leviers d’action étant à identifier et à exploiter pour chacun d’entre eux, l’activité de l’organisation et son implantation peuvent être déterminants.

Pour remplacer la voiture qui constitue le moyen de transport privilégié de 80 % des actifs travaillant hors de leur commune et qui présente de nombreux inconvénients (notamment le coût, les bouchons et les problèmes de stationnement), trois solutions principales émergent :

  • les transports en commun : moins coûteux, ils ont du mal à séduire à cause des horaires, de la desserte et/ou de leur accessibilité ;
  • le vélo : plus écologique, il fait principalement face aux intempéries et aux dangers de la route ;
  • le travail à distance : plébiscité, efficace et peu coûteux, il doit être bien encadré pour éviter l’augmentation du temps de travail et de la charge de travail.

Plébiscité, efficace et peu coûteux : focus sur le travail à distance

Une ville « idéale » agencerait de façon cohérente les espaces de vie et d’emploi pour maîtriser les distances de déplacements. Malheureusement, depuis les années 60, la distance séparant les actifs de leur lieu de travail a été multipliée par 5 et la tendance à l’éloignement se poursuit encore : 3 km en 1960, 14 km aujourd’hui ! Une des urgences pour les urbanistes réside donc dans l’arrêt de l’étalement résidentiel en même temps que la construction et la revalorisation des logements dans les pôles d’emploi, et inversement. De nouveaux dispositifs peuvent être pertinents, mais trop localisés. Par exemple à La Défense, une nouvelle règle d’urbanisme impose de construire 3 m² de logement pour 1 m² de bureau construit ou rénové. Ne pourrait-on pas prévoir une mesure incitative pour construire plus de bureaux dans les zones d’habitation, en incitant les entreprises à implanter leurs « bureaux » au plus près des zones de domicile, et ce, afin de réduire de 5 % par an sur 10 ans la durée moyenne des déplacements domicile/travail ?

La distance moyenne domicile - travail

En attendant de voir les politiques urbaines changer et porter leurs fruits, de nouvelles solutions sont à inventer et des solutions existantes à généraliser. Parmi ces changements d’habitude, si passer de la voiture au Transilien permet de diviser les émissions par 42, le meilleur déplacement reste celui qu’on ne fait pas. Il est urgent de s’inspirer des nombreuses formes de travail à distance déjà expérimentées et dont les résultats sont probants.

Globalement, le télétravail est en progression, et concernerait désormais 25 % de collaborateurs, dont 6 % ont contractualisé cette organisation du travail avec leur employeur. Dans certains secteurs, comme la presse et la communication, on retrouve des taux très élevés, avec 16 % de salariés en télétravail de manière contractuelle et 37 % de manière non contractuelle. Des chiffres comparables avec le secteur des services (respectivement 11 % et 31 %). Parmi les populations les plus représentées se trouvent les cadres (17 % et 42 %).

Les bienfaits du télétravail sont multiples, aussi bien du point de vue de l’entreprise que de celui des salariés. Pour 90 % des télétravailleurs, cette pratique leur offre une meilleure autonomie et une plus grande efficacité dans le travail (87 %), tandis que côté employeurs, on y voit comme bénéfices l’engagement des salariés (82 %), la responsabilisation et l’autonomie (80 %), puis le moyen de développer la marque employeur (68 %). À noter que 39 % des dirigeants évoquent aussi la baisse de l’absentéisme, dont la moyenne globale annuelle est passée de 16,8 jours d’absence par salarié en 2016 à 17,2 jours en 2017. Attention toutefois à ne pas en abuser, car pratiqué plus de 2 jours par semaine, 57 % des salariés ont le sentiment que leur temps de travail augmente et 15 % d’entre eux que leur charge de travail s’accroit.

Le télétravail à domicile a ses limites : l’isolement et le besoin de voir d’autres personnes peut se faire sentir, le manque de place aussi et, parfois, d’autres occupants sont présents dans le logement (colocataires, enfants, personnes âgées…) qui ne permettent pas de travailler avec la concentration nécessaire. Peu d’enquêtes sont réalisées sur les conditions du télétravail à domicile, et sur la proportion des salariés qui ne peuvent ou ne veulent pas le réaliser chez eux, mais qui seraient néanmoins intéressés à télétravailler .

Un télétravail protéiforme

Introduit le 22 mars 2012 par l’article L1222-9 du Code du travail, le cadre juridique du télétravail a été modifié et élargi le 22 septembre dernier suite à la réforme par ordonnance du Code du travail. Mode d’organisation du travail qui résout des problèmes de transport, d’espace de travail, et répond à des contraintes des salariés (famille, handicap), le télétravail se caractérise par sa flexibilité du lieu et du temps de travail.

Le télétravail est aujourd’hui défini comme « toute forme d’organisation dans laquelle un travail qui aurait également pu être exécuté dans les locaux de l’employeur est effectué par un salarié hors de ces locaux de façon volontaire en utilisant les technologies de l’information et de la communication ». Il doit être mis en place par accord collectif ou, à défaut, dans le cadre d’une charte élaborée par l’employeur après avis du comité social économique (CSE), s’il existe. Alors qu’auparavant, c’est la négociation individuelle, contractuelle, qui était de mise, depuis la réforme, la négociation collective prédomine.

Les lieux de télétravail

Il n’existe pas un seul lieu de télétravail, mais de multiples, qui peuvent être complémentaires pour fournir une solution adaptée à la mission du collaborateur, à la culture de l’organisation et/ou à l’implantation de ses sites. Travailler à distance peut se faire du lieu de résidence, d’un site satellite appartenant à l’organisation employeuse ou d’un tiers-lieu indépendant (centre d’affaires ou de coworking).

Avant de mettre en place le télétravail à domicile, le salarié et l’employeur doivent s’assurer que le domicile du salarié est conforme aux normes techniques et sanitaires réglementaires pour pouvoir y travailler, car il doit disposer des mêmes conditions que sur son lieu de travail dans l’entreprise : un bureau et les matériels techniques nécessaires à ses missions. En outre, l’employeur est tenu de prendre en charge tous les coûts découlant directement de l’exercice du télétravail, notamment le coût des matériels, logiciels, abonnements, communications et outils ainsi que de la maintenance de ceux-ci.

Hybride et multiforme, le mouvement des tiers-lieux n’est pas le phénomène alternatif, marginal et peu significatif souvent imaginé. Près de 2000 espaces sont répertoriés sur le territoire. Pour schématiser, un centre d’affaires est un espace de travail destiné aux salariés et/ou aux indépendants avec des bureaux fermés, des open spaces, des salles de réunion, des services d’animations… Un espace de coworking est, quant à lui, un espace de travail partagé, utilisé principalement par des travailleurs indépendants ou salariés (mais actuellement dans des proportions assez faibles) à la recherche de cohésion et de collaborations avec des pairs, formant de fait une communauté d’utilisateurs du lieu.

Enfin, pour améliorer la qualité de vie de leurs salariés, certaines entreprises développent des bureaux satellites dédiés au télétravail qui appartiennent à l’entreprise et sont mis à disposition pour éviter un trajet domicile-travail trop long ou un retour au bureau après un rendez-vous. Toutefois, le travail effectué dans un bureau satellite n’est pas considéré comme du télétravail au sens de la loi, car non « réalisé hors des locaux de l’employeur ».

Enfin, les solutions de type corpoworking sont des lieux aménagés dans les locaux de l’entreprise. Animés, ils ont pour objet d’accueillir des start-up internes et externes, dans une logique de pépinière dans l’écosystème de l’entreprise.

Le meilleur trajet est toujours… celui qui est évité

En France, près de 17 millions de personnes travaillent dans une autre commune que celle où elles résident. La proportion de ces navetteurs culmine dans les Hauts-de-France (71 %) et en Île-de-France (69 %). Au niveau national, 78 % des navetteurs se rendent à leur travail en voiture, 51 % en Île-de-France, 61 % en Grande Couronne.

Et c’est principalement pour cette population très urbaine que le travail à distance possède un fort intérêt. Avec près d’un quart des salariés français qui seraient en capacité de réaliser du télétravail, soit près de 7 millions d’actifs, la marge de progression est énorme. Cependant, plus de 75 % des personnes interrogées déclarent ne pas pouvoir télétravailler, n’ayant reçu aucune information à ce sujet, et plus de 80 % n’ont pas été mis au courant par leur direction de la réforme de 2017.

Un travail d’analyse récent révèle que, hors cas parisien très spécifique, 29 % des émissions de CO2 liées au déplacement domiciletravail des actifs des aires urbaines (grandes et moyennes) françaises sont issues des trajets réalisés par les navetteurs interurbains, qui ne sont que 9 % du total.

En moyenne, un actif au profil périurbain (qui vit dans une commune périurbaine et travaille dans le pôle urbain associé) émet par semaine deux fois plus qu’un actif qui vit et travaille dans le même pôle urbain (35 kg CO2/semaine contre 16 kg CO2/semaine) et six fois plus de CO2 qu’un actif qui vit et travaille dans une même commune villecentre (6 kg CO2/semaine).

Les études disponibles font aussi apparaître que, parmi les plus de 13 millions de salariés qui travaillent dans un pôle urbain, 9,2 millions résident au sein même de ce pôle et 1,7 million viennent de leur couronne périurbaine. Pour 50 % de ces actifs, le trajet en heure pleine par la route dure plus de 26 minutes et pour 10 %, cette durée dépasse 58 minutes, soit près de 2 heures de trajet aller-retour par jour. Les trajets sont encore plus longs pour ceux (environ 760000) qui viennent de l’espace à dominante rurale ou, surtout, pour ceux, deux fois plus nombreux, qui résident dans une autre aire urbaine.

Au vu de ces données sur la mobilité liée au travail et les enjeux environnementaux induits, il apparaît intéressant de tenter l’évaluation des émissions de gaz à effet de serre évitées par une pratique régulière du télétravail.

Les actifs interurbains

Focus sur les émissions de CO2 évitées

Pour faire cet exercice d’évaluation, il est nécessaire de poser des hypothèses crédibles de déplacements liés au travail et une pratique de télétravail constante.

Prenons donc un actif interurbain « moyen », parmi les 1,3 million qui résident et travaillent au sein des 352 aires urbaines moyennes ou grandes (hors Paris) répertoriées en 2010. Il parcourt 37 kilomètres pour aller au bureau et, comme 88 % de ses homologues, prend sa voiture. En 220 jours, il parcourt 16280 km pour aller et revenir de son travail et émet 4,1 tonnes éqCO2.

Concernant les périodes et lieux de travail à distance de son bureau, notre actif « moyen » choisit (arbitrairement) de prendre 15 % de son temps de travail passé à la maison (soit 33 jours), 15 % en tiers-lieux situés en moyenne à 12 kilomètres de son domicile (soit 33 jours) et 10 % sur des sites satellites de son organisation situés en moyenne à 24 kilomètres de son logement (soit 22 jours).

Grâce aux journées passées à télétravailler de chez lui, il économise 407 kg éqCO2. Les tiers-lieux lui permettent de sauvegarder 275 kg éqCO2 supplémentaires non envoyés dans l’atmosphère et, enfin, ses déplacements sur les sites satellites de son organisation lui évitent d’émettre 95 kg éqCO2 de plus. Au total, son bilan carbone mobilité sur ce périmètre passe donc de 4 135 à 3 358 kg éqCO2, soit 29 % de ses émissions annuelles.

Dans le même temps, les bénéfices associés peuvent aussi être évalués pour le bâtiment abritant son bureau. Imaginons qu’il s’agisse d’un immeuble construit dans les années 90 capable d’accueillir 400 collaborateurs, mais occupé à 50 % de sa capacité, comme c’est souvent le cas. Si 40 % de ses collègues passent au télétravail 2 jours par semaine comme lui, la consommation d’énergie et le bilan carbone du bâtiment diminueront de près de 10 %. Et si, dans le même temps, le taux d’occupation est amélioré pour atteindre 75 %, ce sont 33 % supplémentaires de gains sur les émissions de gaz à effet de serre qui profiteront à son organisation et à la planète.

De l’immeuble de bureau au bureau libre

En Europe, 90 % des citadins sont exposés à des niveaux de pollution jugés nuisibles à la santé selon les valeurs guides de l’OMS. Les coûts de santé liés à la pollution atmosphérique représentent environ 25 milliards d’euros en France chaque année.

L’urgence n’est pas uniquement climatique, elle est également sociale. Et si les impacts du travail sont encore largement sous-estimés, les mentalités évoluent… tout comme la réglementation.

Avec 92 % des employeurs qui considèrent que le premier frein au développement du télétravail est la réticence des managers intermédiaires, sa mise en place est d’abord motivée par l’amélioration de la qualité de vie des salariés. Et les résultats sont probants puisque, pour un coût direct moyen de 370 € par télétravailleur (pilotage du projet, formation, achat d’équipement informatique), le gain moyen de productivité est évalué à 22 %, notamment grâce à une réduction de l’absentéisme, une meilleure efficacité et des gains de temps

Après le coworking, succomberons-nous au coliving ?

Si les espaces de coworking et la colocation ont le vent en poupe depuis plusieurs années, un concept venu de l’autre côté de l’Atlantique tente de s’imposer pour allier les deux : le coliving. Il mélange, dans un même bâtiment, les logements et les bureaux en réduisant les espaces privés (parfois jusqu’à 12-13 m2) pour utiliser le maximum de surface en espaces partagés. Si cet immeuble hybride, pensé pour des communautés de jeunes trentenaires, présente des avantages environnementaux indéniables en termes de déplacements domicile-travail, le bénéfice social peine encore à convaincre : 130 espaces de coliving sont ouverts en Europe, dont seulement une trentaine en France.

D’un point de vue concret, le temps moyen gagné par jour télétravaillé au profit de la vie familiale est de 37 minutes, et celui de sommeil supplémentaire de 45 minutes. Il n’est donc pas étonnant que le taux de satisfaction lié au télétravail de toutes les parties prenantes (télétravailleurs, managers et employeurs) soit de 96 %.

Pour convaincre, il faut informer sur les causes/effets et développer la conscience environnementale qui, si elle ne joue pas un rôle à court terme dans le changement de comportements, participe à l’acceptabilité des mesures, parfois contraignantes. Au-delà des campagnes de publicité visant à encourager l’usage des modes doux pour des raisons écologiques, la communication doit prendre en compte les facteurs significatifs pour les collaborateurs, notamment le confort et le coût.

Agir par la contrainte uniquement est peu acceptable et risque de provoquer des stratégies de refus, de contournement et de résistance. Mais cela peut être utile pour briser les habitudes, qui ne doivent pas être sous-estimées. Celles liées à l’automobilisme, notamment, freinent le changement vers d’autres modes de transport.

La bonne attitude consiste à prendre en compte les représentations et les réticences des collaborateurs à l’égard des différents modes de transports, à les accompagner d’incitations, d’informations et de compensations, mais à le faire de manière pertinente : l’incitation et la contrainte n’auront pas les mêmes effets selon la catégorie d’acteurs, les phases de vie et les représentations qu’ils ont des différents modes de transports.

Nos préconisations

1. Mettre en place des tiers-lieux pour que TOUS les salariés puissent accéder au télétravail dans des conditions de sécurité, d’ergonomie satisfaisantes, en complément au télétravail à domicile.

2. Inciter les entreprises à répartir leurs implantations immobilières au plus près des domiciles et non plus uniquement dans des logiques centralisées.

Les bénéfices sont multiples pour les salariés, les entreprises et la collectivité :

• Réduction des déplacements ;

• Réduction des besoins en construction ;

• Réduction des coûts d’exploitation ;

• Développement urbain plus équilibré ;

• Diminution des émissions CO2 ;

• Meilleure santé publique ;

• Qualité de vie accrue ;

• Gain de productivité.

Cyril Hergott

Responsable RSE, environnement et papier de Riposte Verte

Pierre Bouchet

Président de Génie des Lieux

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